Guillaume Moliérac - Cap 33 Automobile

7 April 2016 - 14 h 00 min
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Guillaume Moliérac, conseiller régional délégué à l’apprentissage, s’est immergé le 7 avril 2016 avec l’équipe de Cap 33 Automobile. Une découverte complète, un apprentissage express et le plein d’idées.

GUILLAUME MOLIÉRAC, CONSEILLER REGIONAL DÉLÉGUÉ À L’APPRENTISSAGE, EST D’UN NATUREL CURIEUX. Découvrir l’automobile, un secteur qu’il ne connaît pas, l’enthousiasmait. Après avoir mis le costume d’apprenti et posé de nombreuses questions à ses maîtres d’apprentissage du jour, il sourit : « C’était mon Futuroscope ».

Comme un fil rouge des rencontres d’Artisan d’un jour en Gironde et partout en France, le conseiller régional a fait tomber avec plaisir son idée du métier « à l’ancienne ». Quand, dans la filière automobile comme dans les autres branches de l’artisanat, l’évolution est importante sous l’effet conjugué – parfois contraire – des avancées technologiques et des contraintes normatives.

Laurent Beraud gère la Carrosserie Cap 33 Automobiles, membre du réseau 102 carrossier expert, à Martignas-sur-Jalle. Fils de carrossier, il parle en connaissance de ces évolutions :

« La carrosserie a beaucoup changé. On travaille maintenant beaucoup plus vite avec des technologies et outils particulièrement performants qui nous ont fait gagner en précision. Dans le même temps, la norme nous oblige à utiliser de la peinture hydro-diluable (NDLR : à base d’eau) pour éviter les rejets nocifs dans l’air. Pour l’artisan carrossier, ça a pour effet de ralentir énormément la tâche. »
_ Laurent Beraud

Pour redresser la tôle sans avoir à démonter la pièce, l’artisan le fait désormais par l’extérieur. Pour cela, il utilise ce qu’il appelle un « tire-clou », ou poste de redressage. Outil électrique, celui-ci comprend une pointeuse qui crée un arc de soudure et un marteau à inertie, qui redresse la tôle froissée. Celle-ci est ensuite décapée avec une meuleuse. « Il faut toujours la mettre à nu pour pouvoir la travailler », explique l’artisan.
 
 

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Guillaume Moliérac s'essaie au tire clou

Redressage d’une aile et peinture. Ce sont les tâches confiées à Guillaume Moliérac lors d’Artisan d’un jour. Histoire de ressentir au plus près ces évolutions. Et avec l’effet attendu :

« Pour la peinture, sans connaître, on pense qu’il suffit de jouer du pistolet. Mais ce serait oublier l’usure et tout un tas d’éléments à prendre en compte. C’est en réalité un travail d’apothicaire, d’une rare complexité. Des logiciels puissants, l’expérience et un gros travail sont nécessaires à l’équipe pour trouver la bonne couleur. Et je ne parle pas du travail au pistolet, à la goutte près. C’est un vrai coup de main, spécifique, chirurgical. »
_ Guillaume Moliérac.

L’artisan abonde en ce sens :

« C’est très compliqué de trouver la teinte, le bon assemblage de pigments. Puis il faut ensuite enfermer cette teinte avec un vernis transparent brillant, satiné ou mat. Sinon, la peinture à l’eau part avec la première pluie. L’ensemble de l’opération représente énormément de temps pour nous. Ce dont le commun des mortels n’a absolument pas conscience. »
_ Laurent Beraud

Pour impressionnant que soit le travail fourni, Guillaume Moliérac souligne avec le même respect « une bonne ambiance qui se ressent. Et cette idée de toujours trouver la solution de rattraper. Ils ne changent la pièce qu’en tout dernier ressort. » Fonction oblige, le conseiller met aussi en exergue l’envie et la capacité de transmission, si nécessaires à l’apprentissage.

Laurent Beraud forme actuellement deux apprentis de l’Institut des Métiers de l’Artisanat. Qui ne sont ni les premiers ni les derniers. Pour cela, il a responsabilisé certains membres de son équipe au travail de maître d’apprentissage. Puisque c’est bien une fonction à part entière. Pour Guillaume Moliérac, « voir un artisan qui prend du temps pour perpétuer, transmettre, qui investit dans l’humain comme dans les machines, ça fait plaisir à voir ».

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L’apprentissage, Laurent Beraud n’a jamais trouvé la chose très contraignante. « On en a besoin des jeunes, et on a besoin de les former », dit-il. Il regrette – c’était le cas l’année dernière – que les candidats ne se bousculent pas. Et l’artisan partage l’avis de nombre de ses pairs : la seule difficulté est la motivation. Si un jeune n’a pas envie de faire le métier, pas de réussite possible et tout le monde y perd.

Loin d’être dans le jugement, Laurent Beraud est compréhensif :

« A l’âge auquel ils choisissent leur métier, 15 ou 16 ans, ils n’ont pas une idée très concrète. Ce n’est pas parce qu’on aime les voitures qu’on va aimer en travailler la mécanique ou la carrosserie. Il faut les aider à répondre à cette question : est-ce que c’est vraiment le métier que je veux faire ? Pour l’instant, c’est un peu la loterie. Des stages d’immersion de 15 jours ou 3 semaines, ça me semble une approche intéressante, une piste. »
_ Laurent Beraud

L’immersion, les deux protagonistes en valident le principe avec Artisan d’un jour : « C’est très intéressant de montrer le métier à quelqu’un qui a des responsabilités. L’idée est bonne », dit Laurent Beraud. Et Guillaume Moliérac ? « Ça m’a régalé. C’est très moderne, loin de l’image qu’on peut en avoir. Et puis demain encore plus, avec les innovations comme la voiture sans pilote, le mécanicien auto va être un ingénieur de pointe. »

  • Guillaume Moliérac, accueilli par Laurent Beraud à la carrosserie de Martignas-en-Jalle
  • Guillaume Moliérac s’essaie au « tire clou », sous l’œil de son maître d’apprentissage d’un jour